Menace journalistique

Les réseaux sociaux informent. Cette association maladroite devient de plus en plus (in)audible dans nos discussions quotidiennes. Elle fait, à sa façon, écho à la grève des journalistes de l’Agence Télégraphique Suisse (ATS) de la semaine dernière, à un article du journal Arcinfo du samedi 3 février au sujet de la dépendance aux écrans des enfants et à la votation sur l’initiative « No Billag » du 4 mars 2018.

Certes, ils ont leur utilité. Ils permettent de communiquer. Ils permettent aussi de dire qu’on aime une publication de tel politicien sur Facebook et donner notre avis – il y a même la possibilité de mettre un smiley avec une humeur particulière. Ils permettent d’indiquer qu’on n’est pas d’accord du tout en déformant un tweet du président. Bon, il faut quand même dire que c’est super drôle !

Évidemment, les réseaux sociaux font partie du panorama médiatique contemporain. C’est incontestable. Mais le bat blesse surtout ailleurs : qui n’a jamais entendu quelqu’un s’exclamer « je m’informe sur les réseaux sociaux » ? Et la distinction entre un simple média et le métier de journaliste dans tout ça ?

Dans le premier cas, il est généralement question d’un algorithme. Ce dernier diffuse automatiquement tout ce qui veut bien être diffusé par les utilisateurs, autant des rédactions que des particuliers, tandis que, dans le second cas, le journaliste doit vérifier précautionneusement ses informations et ses sources avant de publier quelconque article.

Certains diront que c’est la même chose de toute façon, tous les deux disent des choses et ils commentent. À ceux-là, je dis : « foutus ignares » ! Commentaire n’est pas information. Quelles choses et qui sont précisément « ils » ? Ce manque de questionnement et une inexistante curiosité forment peut-être les deux plus grandes tares contemporaines de l’Humanité. C’est peut-être même une menace.

Soyons un peu grandiloquents, matraquons, c’est marrant et dans l’air du temps ! Ça fait même slogan ! Les clics seront aussi plus nombreux si l’on titre « menace » au lieu de « danger ». Faisons ça aussi, nous ne sommes plus à ça près. Menaçons au lieu d’informer. Le terme en titre est connoté émotionnellement tandis que le second est plus neutre. Diantre ! c’est la langue française qui veut ça.

Or, quitte à paraître élitiste, la consommation massive des réseaux sociaux, notamment à renforts de coups de doigts ou d’œils rapides sur les écrans, ne stimule pas la lecture et diminue sans doute l’esprit critique global. Elle provoque, entre autres, des troubles de l’attention chez les enfants comme l’explique une synthèse intéressante du magazine Psychologies.

De surcroît, selon le journal Arcinfo du samedi 3 février 2018, cette dépendance concerne heureusement une minorité mais elle peut tout de même mener à l’isolation sociale ou à la dépression. Le risque existe. Tout ça est bien trop alarmiste ! Soyons un peu populistes ! Passons notre temps à utiliser les grands mots même s’ils sont faux et abusons des raccourcis plutôt que de réfléchir. C’est à la mode, n’est-ce pas ? Une sale mode.

Que manque-t-il pour rendre pertinent le lien que nous avons établi arbitrairement entre les réseaux sociaux et la dépendance aux écrans chez les enfants ? Des informations, des témoignages et des interviews divergents sur le sujet pour étayer le lien de cause à effet, équilibrer le propos, l’analyser, le préciser et le rendre moins dirigé.

Autrement dit, tout ce qu’il manquerait si le journalisme perdrait encore de sa force de frappe à l’avenir. La presse ne serait alors plus capable de menacer – nous voulions matraquer – une présidence comme celle du président américain Nixon ni les arnaques industrielles plus contemporaines comme le pratiquent les constructeurs automobiles ou les producteurs de pesticides.

Au final, dire que les réseaux sociaux informent, c’est un peu comme dire que les journalistes désinforment. Absurde. Les premiers divertissent et permettent seulement la diffusion des opinions. Les seconds s’activent pour aiguiser le plus objectivement possible l’esprit critique de tout un chacun.

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