Xochitl Borel – « L’Alphabet des anges »

Un œil voit parfois mieux que deux yeux. Il est plus précis. Il fixe l’essentiel. Dans son premier roman, Xochitl Borel invite les lecteurs à retrouver l’enfance. L’Alphabet des anges concentre toutes les couleurs de l’arc-en-ciel dans un petit ouvrage traversé par la tendresse et l’innocence.

La petite fille dessine près de sa mère. Elle invente des univers que les adultes n’aperçoivent plus. Elle crée ce que les parents ne peuvent plus vraiment comprendre. Les deux complices rigolent dans la pièce des bricolages. La maison est de bois. Quelques poutres sont apparentes. On croirait un chalet. La fenêtre est ouverte et le chant des oiseaux entre comme dans un frisson. Ils se cajolent réciproquement. Les yeux de la petite fille pétillent alors que maman sourit. La scène remonte à jadis, au temps de l’ignorance. Un souvenir en partance. L’enfance, qui peut nous dire quand ça finit, qui peut nous dire quand ça commence ?

Peut-être que Xochitl Borel a tenté de répondre en partie à ces questions déclamées par Brel. Peut-être pas. Mais elle saisit assurément une partie de l’enfance dans L’alphabet des anges. Elle y met en scène une mère, Soledad, et sa fille, Aneth, à l’aide d’une écriture mélodique. Elle raconte l’histoire d’une naissance pas forcément bienvenue dans l’entourage proche. Elle conte le quotidien d’un enfant différent. Elle centre son récit sur la relation mère-enfant.

– Comment je verrai la lune ?

[…]

– Tu la verras. En transparence. Tu sais Aneth, chaque chose a une apparence, le visible, mais il y a aussi son pendant, le transparent, et lui, tu continueras à le voir, et peut-être même mieux que nous. On dit, c’est invisible, on en fait le négatif du visible, parce que l’on ne sait voir que des yeux. Et Aneth, aveugle, ce n’est pas voir, c’est ne pas voir avec les yeux. On dit, une chose est belle. Peut-être la beauté de la lune, tu ne sauras plus la dire, mais sa saveur Aneth, sa saveur, c’est tout autre chose. Ça, tu la verras. Et puis, on sera là et tu nous raconteras comment tu vois, et tu nous apprendras à voir autrement, à ta manière, et nous on te parlera de cette beauté du monde, celle qu’on capte avec les yeux, celle-là seule dont tu seras privée. Parce que toutes les autres beautés, elles continueront après. Elles resteront, Aneth, et avec toi.

Les questions d’Aneth sont nombreuses et naïves. Elles correspondent assez bien à la cadence du parlé enfantin. Ce qui donne une tonalité insouciante et précise à l’ensemble du livre. Cette petite fille apparaît comme une Dora l’exploratrice en mal de réponses, recherchant et répandant partout la vérité. Elle montre l’impuissance des adultes devant la franchise d’un enfant. Qui a l’amour et la curiosité comme plus intimes complices. Qui est parfois plus malin que les grandes personnes. Elle démontre la puissance de l’enfance face à la maturité des parents. Mettant parfois Soledad et ses proches dans des situations extrêmes, des états d’âme désagréables. Sans pour autant perdre de sa spontanéité

Le livre respire la joie de vivre. L’écriture de Xochitl Borel rend les sujets graves plus légers. Elle aborde ce qui provoque des situations extrême sans en débattre inutilement. Elle propose donc un récit où les végétaux et les couleurs poussent au milieu de l’amour qui réunit une fille et sa mère. Ouvrez L’alphabet des anges pour voleter dans un air de déjà-vu si lointain, un souvenir bien vivant dans le cœur et l’esprit : notre enfance. Une éclaircie littéraire.

Xochitl Borel, L’Alphabet des anges, Collection Alcantara, Les Éditions de l’Aire, Vevey, 2014

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