Drôle de raffinements

Certaines images se contredisent comme deux points de vue qui diffèrent.

Comme lorsque le T Magazine du 4 novembre 2017 évoque l’appel notamment reposant des sommets et qu’à la cinquième page, à côté du sommaire, apparaisse une publicité qui vante une croisière, « l’exploration raffinée » sur le fleuve Amazone.

Trois photos pour l’illustrer: en grand, l’ancrage d’un immense « yacht 5 étoiles de 92 cabines » entre deux bras de forêt vierge; en plus petit, un zodiac au milieu de la mangrove avec des « guides-naturalistes » et des touristes à son bord; dessous, une cabine luxueuse, drap blanc et coussin bleu, chapeau panama beige posé sur le lit, l’horizon azur de la mer par la fenêtre.

L’annonce publicitaire ne montre pas la salle des machines ni les rejets en carburant du bateau. Ce qui est normal, même s’ils sont pourtant tout autant raffinés.

Je ne sais pourtant lequel est le plus utile à un État, ou un seigneur bien poudré qui sait précisément à quelle heure le Roi se lève, à quelle heure il se couche, et qui se donne des airs de grandeur en jouant le rôle d’esclave dans l’antichambre d’un ministre, ou un négociant qui enrichit son pays, donne de son cabinet des ordres à Surate et au Caire, et contribue au bonheur du monde.

 

Voltaire, « Dixième lettre. Sur le commerce. », Lettres philosophiques, GF Flammarion, Paris, 1964

C’est une conception du bonheur comme un autre. Plus loin dans le même magazine, l’article « Nids de bois » parle d’architecture et plus exactement de la rénovation – certes très belle et vraie réussite esthétique – d’un mayen valaisan, « bâtiment rudimentaire édifié sur [des] pâturages » selon le Dictionnaire suisse romand.

Depuis quand les nids ont-ils besoin d’une chambre parentale, d’une cuisine et d’une salle de bains ? Les choucas ne trouveront pas les investissements nécessaires et ils se retrouveront mouillés dans une drôle d’histoire.

Sion port du ciel ! Un commerçant a compris. Il a condamné mille cimes blanches à la prostitution. Un câble, cent sous la passe ! Le tourisme bourdonne ses vêpres, sa boiterie de faussaire.
Sali, démoli, brûlé, cocufié.

 

Maurice Chappaz, Les maquereaux des cimes blanches, Collection Jaune Soufre, Editions Bertil Galland, 1976

Et si ces mêmes maquereaux des cimes blanches étaient actifs ailleurs ? Ils seraient devenus les proxénètes des terres sauvages.

 

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