Questions d’un « Consom’farceur »

Aimez-vous l’idée que l’algorithme d’une application mobile calcule vos performances sportives, vos battements de cœur, vos calories ingurgitées et les envoie automatiquement à votre assureur ?

Ce dernier baissera ainsi vos primes en fonction du nombre d’abdominaux, de pompes, de kilomètres ou de pas que vous aurez fait tel et tel jour entre telle et telle heure, à tel et tel endroit.

On promet la personnalisation des soins et la baisse des coûts de la santé grâce à la digitalisation. Du moins, c’est ce que laisse entendre le dossier sur la « santé du futur » dans le magazine Bilan du 27 septembre 2017. Or, l’article s’appuie sur une seule vision d’avenir : celle de Xavier Comtesse et de son livre Santé 4.0 : Le Tsunami du Numérique chez Georg Editeur. Pourquoi n’y a-t-il pas un autre ouvrage présenté qui s’oppose à la numérisation de la santé ?

Personnaliser les soins, en soit, il faut l’avouer, est plutôt une chose louable et respectable puisque les maladies appartiennent seulement au patient et qu’il est aussi le seul à subir les arythmies ou d’autres effets secondaires du stress par exemple. Est-ce que ce cas de figure est pris en compte par l’assurance obligatoire ? Renseignez-vous, vous serez peut-être surpris.

Calculera-t-on le stress et ce qui le provoque sur les différentes applications des assureurs ? Pourquoi l’algorithme ne serait-il pas programmé pour calculer ce qui altère notre santé plutôt que ce qui l’améliore ?

Les assureurs parlent aussi de « consom’acteurs ». Comme s’ils voulaient vraiment rappeler aux preneurs d’assurances qu’ils peuvent choisir et qu’aucune offre nouvelle – spécialement quand elles sont liés à la digitalisation – ne s’imposera par le haut à long terme. C’est un peu comme les factures qui tendent à devenir uniquement digitale pour « faciliter la vie des assurés ».

Voilà qui me fait penser à un passage des Fourberies de Scapin de Molière ! C’est à la fin de l’acte II, scène 5, au sujet de la fixation d’un prix pour rompre un mariage.

« SCAPIN. – Oui, vous y gagnerez. J’ai fait un petit calcul en moi-même de tous les frais de la justice ; et j’ai trouvé qu’en donnant deux cents pistoles à votre homme, vous en aurez de reste pour le moins cent cinquante, sans compter les soins, les pas, et les chagrins que vous épargnerez. Quand il n’y aurait à essuyer que les sottises que disent devant tout le monde de méchants plaisants d’avocats, j’aimerais mieux donner trois cent pistoles, que de plaider. »

Rappelons-nous enfin la définition que donne Marmontel de la farce dans L’Encyclopédie au XVIIIème siècle.

« FARCE, s. f. (Belles-Lettres.)​ espece de comique grossier où toutes les regles de la bienséance, de la vraissemblance, & du bon sens, sont également violées. L’absurde & l’obscene sont à la farce ce que le ridicule est à la comédie. »

Et le temps passé à lire dans un canapé, le calculeront-ils ?

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