Anne Sophie Subilia – « Parti voir les bêtes »

Anne-Sophie Subilia écrit, dans son troisième roman « Parti voir les bêtes », ces petits détails qui rendent un lieu, la Gloye, si particulier et qui rend son personnage principal tellement attachant.

L’écrivaine belgo-suisse construit toute une kyrielle de fragments émotionnels autour de ce lieu vers lequel le personnage principal retourne toujours. C’est comme une partie de lui-même sans qu’il ne le sache. Il aime partir seul en forêt pour se reposer, sentir la mousse humide, toucher les écorces sèches des arbres et entendre le bruit des bêtes.

Il voit également que la Gloye, une espèce de paradis terrestre, évolue au fil du temps. Le paysage bucolique devient peu à peu une zone de construction urbaine. Les prairies sont dévorés par le bitume.

Ce mitage du territoire est également un certain reflet du personnage principal. Comme si ce dernier vivait au rythme des changements de la Gloye. Comme s’il était finalement que le miroir humain de l’évolution d’un coin de campagne. D’abord il évite le contact humain et se contente de quelques discussions avec Claire, sa coiffeuse, qui devient importante – plus qu’il ne le croyait. Et puis il retrouve aussi le goût du partage et de l’amour tendre avec son filleul qui devient presque son fils. L’écrivaine aborde notamment le thème difficile de la stérilité par cette relation particulière.

Tes doigts épais s’appliquent. Vient le moment de graver ton mot. Tu vas chercher la gouge. Il est prêt dans ta tête. C’est un mot qui récapitulera tout, qui dépassera tout, un mot magique, imprononçable, un mot qui fera qu’elle te pardonnera tout, qu’elle pardonnera le fait que ce n’est pas un moïse que tu as fabriqué là pendant des mois, mais une simple table, une table qui accueillera un jour vos vieux bras, vos vieux coudes, une table qui vous réunira, vous et vos proches, qui fera jusqu’à la fin un trait d’union entre vos deux êtres, un trait d’union très prosaïque, très casanier, très familier.

Anne-Sophie Subilia dresse surtout – à la deuxième personne du singulier comme une déclaration d’amour à un proche – un portrait touchant d’un passionné de bois, menuisier ou charpentier selon les commandes, éperdu de nature. Un homme d’apparence solide mais qui est en réalité fragile comme un pissenlit sous les bourrasques du vent de printemps.

Elle sculpte dès lors les fissures dans le bois d’une façade froide derrière laquelle se dissimule en réalité la tendresse du personnage principal. Elle écrit les fragments d’une vie simple et touchante.

Anne-Sophie Subilia, Parti voir les bêtes, Zoe, 2016, 142 pages

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s