Emile Ajar – « Pseudo »

Certaines œuvres littéraires troublent. Elles donnent le vertige. Non celui que nous ressentons parfois au bord d’une falaise, mais plutôt celui qui nous propulse dans le précipice de l’angoisse. Celle qui creuse parfois notre monde intérieur, qui nous assombrit le temps d’un pas de travers ou qui nous menace avant une échéance importante.

Ces livres servent à nous distancier de ce que nous nous inventons et de refaire un point sur ce que nous sommes vraiment.

S’accepter à perte de vue. Acceptation de soi-même jusqu’à la disparition de toute visibilité du monde, de toute souffrance d’autrui. Ou alors, acceptation de soi-même avec autodafé, pour libérer une chambre à l’hôpital psychiatrique.

Les ouvrages de Gary/Ajar offrent un miroir vertigineux de nos propres identités qui sont démultipliées par l’utilisation des réseaux sociaux. Romain Gary a écrit des romans à haute teneur autobiographique. Il s’est ensuite dédoublé au moment de créer le pseudonyme d’Emile Ajar. Deux styles différents qui ont pourtant été la plume de la même personne. Deux carrières littéraires qui ont cohabité tant bien que mal dans une même tête jusqu’à l’issue fatale.

J’avais deux personnages qui luttaient en moi: celui que je n’étais pas et celui que je ne voulais pas être. […] Je me suis mis à inventer chaque jour des personnages que je n’étais pas, pour parvenir à encore moins de moi-même.

« Pseudo », c’est Romain Gary qui met en scène Emile Ajar, le personnage principal du roman, interné dans un asile psychiatrique de Copenhague, qui lui-même s’invente des personnages à longueur de journée et qui écrit pour se soigner. Le ton est drôle, ironique et même astucieux lorsque la perception des réalités s’inversent. Florilège.

J’avais quand même pris des précautions. Le premier contrat littéraire, je l’avais fait signer par un chauffeur de taxi à Rio.


Cette nuit-là, j’ai eu de nouvelles hallucinations: je voyais la réalité, qui est le plus puissant des hallucinogènes. C’était intolérable. J’ai un copain à la clinique qui a de la vaine, qui voit des serpents, des rats, des larves, des trucs sympas quand il hallucine. Moi je vois la réalité.


S’il y a une chose dont j’ai horreur, c’est les mensonges. Ils sont beaucoup trop honnêtes.


Et puis il y a les feux verts qui cherchent à vous baiser, en vous encourageant à traverser pour vous piéger. Moi je traverse toujours au feu rouge.

Retour sur le double Prix Goncourt

Emile Ajar, Pseudo, Mercure de France, Paris, 1976, 224 pages

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